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vendredi 19 avril 2019

"Noces Tchétchènes, vie et mort d'une kamikaze", de Jean-Louis Bachelet, prix du salon du livre des Balkans 2019.

dimanche 14 avril 2019

Noces Tchétchènes, prix du Salon du Livre des Balkans 2019


vendredi 15 février 2019

La Compagnie Anser Fabilis a le plaisir d'accueillir Tsetsa Giry, comédienne et danseuse, qui assurera le rôle unique de Zoukhra Khapilaeva dans l'adaptation du roman "Noces Tchétchènes, vie et mort d'une kamikaze", qui sera donnée à Paris à la rentrée de septembre 2019.

vendredi 25 janvier 2019

AUTOUR DE "NOCES TCHETCHENES"

Zoukhra est une jeune tchétchène de 23 ans. Née en 1990, elle avait 4 ans au moment de l'intervention militaire russe en Tchétchénie. De nature rêveuse, plutôt introvertie, elle vit dans le souvenir de son père, tué la nuit du 31 décembre 1994 durant la bataille de Grozny. J'ai composé sa personnalité et son histoire à partir de celles de plusieurs kamikazes tchétchènes et daghestanaises. Elle incarne une sorte de « précipité » de toutes les blessures, de toutes les espérances, de toutes les rancoeurs accumulées par les peuples du Caucase Nord depuis leur déportation par Staline en 1944.
De fait, ma Zoukhra représente l'archétype de la terroriste potentielle : des grands parents déportés au Kazakhstan, un père tué par les russe ; une personnalité qui, sous des apparences discrètes, dissimule un désir secret de vengeance. Mais le souvenir des offenses passées ne suffit pas à provoquer ce « passage à l'acte » par lequel une simple rancune fait d'un individu un terroriste. Dans la longue liste des attentats qui ont frappé la Russie durant les vingt dernières années, les sociologues et psychologues russes ont réussi à mettre en lumière chez les terroristes des singularités qui peuvent expliquer leur engagement et leur détermination. Lors de la prise d'otage du Théâtre de Moscou, parmi la dizaine de « veuves noires » prêtes à se faire exploser, au moins deux étaient atteintes de maladie incurable. Cancer des poumon, leucémie. Les autres étaient poussées par d'autres raisons, tout aussi déterminantes : le besoin d'argent pour nourrir leurs enfants, une passion amoureuse pour un terroriste, un passé de « pécheresse » à racheter. J'ai été frappé, lors de la genèse de mon travail, du caractère absolument secondaire de la foi islamique dans le cheminement de ces femmes vers leur terrible destin. Dans le cas de ma Zoukhra, c'est un besoin d'argent urgent, pour payer les études de sa petite sœur Alina, qui va être un des principaux rouages de son embrigadement. Mais il y en a d'autres. Sur ces jeunes femmes, le destin semble s'acharner à faire converger toutes les raisons de commettre le pire. Car Zoukhra possède aussi un trait de caractère propre à toutes les kamikazes de cette région : une forme d'infantilisme, d'immaturité affective, qui donne à comprendre comment les recruteurs (ou recruteuses) peuvent facilement faire main basse sur leur psychisme, et en faire ce qu'ils veulent.
Dans mes Noces Tchétchènes, Zoukhra, déjà investie de cette volonté de vengeance qui est un des principes de fonctionnement des clans de son pays, va dans un premier temps tomber amoureuse d'un jeune daghestanais, Dalgat, venu au mariage d'une voisine. Amour absolument platonique, et dépourvu de tout enracinement dans un projet de vie. Elle le voit une première fois par la fenêtre de sa chambre : il n'en faut pas plus pour qu'elle se sente lui appartenir. Sans le savoir, elle a déjà plongé tête baissée dans le piège qui fera d'elle une kamikaze. Car ce Dalgat, derrière son apparence d'éphèbe jovial et innocent, fait partie d'un groupe terroriste de Makhatshkala, dans lequel il remplit, avec une absence de scrupule terrifiante, la fonction d'exécuteur. Dès lors, lorsque sa voisine Djamila, recruteuse pour ce même groupe, lui propose de lui faire rencontrer un homme qui pourra lui fournir une aide financière pour payer les études de sa sœur Alina, Zoukhra accepte : Djamila lui a donné une photo de cet homme inconnu et providentiel ; posant à côté de lui, Zukhra reconnaît Dalgat.
La première rencontre avec ces gens qu'elle ne connaît pas se passe dans une cave sinistre. Là encore, la présence de Dalgat, au fond de la pièce, est décisive. Zoukhra n'est plus en mesure d'opposer à ce qu'on va lui proposer la moindre volonté personnelle. La passion amoureuse a déjà anéanti en elle tout libre arbitre.
Je ne vais pas vous dévoiler la suite de l'ouvrage. Mais le sort va continuer de s'abattre sur Zoukhra, inexorablement. J'ai suivi pas à pas, horrifié moi-même par ce que je voyais se développer sous ma plume, l'enchevêtrement quasi diabolique des rêts qui allaient lier Zoukhra, jusqu'à l'anéantissement complet de sa volonté. A mesure que j'écrivais, j'étais saisi d'une compassion ( non pas de pitié, mais de compassion, n'est-ce pas?) de plus en plus pénétrante pour cette jeune femme que je ne voyais plus comme une criminelle, mais comme la plus innocente des victimes.

 Le paysage qui entoure Zoukhra répond à sa nature. Il lui fait écho à chaque étape de son cheminement spirituel. S'il en est ainsi, dans un contexte et une époque où l'anthropomorphisme romantique a passé, c'est parce qu'il y a précisément un aspect indéniablement romantique dans la personnalité de toutes les apprenties-kamikaze du Nord Caucase. Cette singularité est attestée par tous les psychologues qui ont côtoyé celles que le FSB avait eu la chance d'arrêter avant qu'elles ne passent à l'acte.
Et si Zoukhra s'abandonne à son destin, c'est selon une inspiration nourrie par une conception blessée de l'amour. Elle a perdu son père à 4 ans. Lorsqu'on lui demande, alors qu'elle est encore une petite fille, ce qu'elle veut faire comme métier, elle répond : « je veux être morte, comme papa ». Le souvenir de cette disparition la hante ; elle passe de longues heures à contempler le petit journal laissé par son père. Journal taché de sang, et qu'elle mouille de ses larmes.
Après l'amour filial blessé, survient un deuxième coup du sort. Tombée amoureuse d'un jeune homme qu'elle n'a vu qu'une fois, elle se livre intérieurement à lui sans retenue, sans discernement. Jetée à quatre chevaux dans une passion dont l'issue lui serait pourtant facile à deviner, elle semble en alimenter sa démission du monde- et la justifier, inconsciemment. Attitude qu'on retrouve si souvent au XIXème, dans les notes laissées par écrivains et musiciens de toute l'Europe, Goethe, Ruckert, Chopin, Mahler, Chateaubriand ; sans oublier la fin tragique des Adèle Hugo, Louis II de Bavière, Wagner...Tandis que le jeune Goethe s'endort le soir, à plat ventre sur un poignard, en espérant en être transpercé durant la nuit, Chopin rassemble les lettres de son amour de jeunesse, les entourant d'un ruban où il écrit « Moïa Bieda » -Mon Malheur. Par la bouche de son Tristan, Wagner développe un hymne à la mort, seule délivrance véritable, quand il n'est donné à l'homme aucune vision du sens de sa vie. «Zu velchem los erkoren, ich damals wohl geboren » -Elu pour quel destin ai-je jadis été conçu ? Chateaubriand constelle ses mémoires d'outre-tombe de plaintes lapidaires « pour quelle raison dois-je vivre encore ? » Quant à Mahler, il écrit sur son manuscrit de la 5ème symphonie ; « Ich bin der welt abhanden gekommen », -je me suis retiré du monde.
J'ai été frappé de retrouver chez les jeunes filles kamikazes des dispositions d'esprit en touts points semblables. Seule différence : elles reçoivent de leurs recruteurs l'idée que leur sacrifice, pour être agréable à Dieu, doit s'accompagner d'un châtiment infligé à ceux qui refusent Allah comme Dieu unique.
Finalement, si l'âme de Zoukhra n'intéresse pas le politicien ou le journaliste, c'est parce que sa « qualité » de criminelle, responsable de la mort de dizaines de gens, oblitère tout désir de comprendre, et surtout de compatir. Pourtant.....
Derrière les accords mortifères de Tristan (c'est bien moi, le plus fanatique des wagnérien, qui parle, hein?) il n'est pas difficile de découvrir cette tristesse, cette morbidité, ce désespoir abyssal qui, une fois déposés au fond du cœur, ne peuvent engendrer que le suicide ou le meurtre.
Romantisme, oui. Car on n'a pas vu pour l'instant un seul exemple de kamikaze qui soit d'âge mûr, 40, 50, 60 ans. La plupart ont entre 15 et 30 ans.
Lorsque j'ai écrit mon drame « Regarde, Meurs, Souviens-toi », sur les déportées du camp de Ravensbruck, j'ai été frappé de la jeunesse des « kapos » chargées de surveiller et de châtier les prisonnières. L'une d'entre elle, Dorothea Binz, avait 16ans. Elle récitait Goethe et Schiller. Et quand elle tuait une malheureuse à coups de cravache, elle se croyait Walkyrie, promise à un destin grandiose.
Les russes sont très en avance sur nous quant à la compréhension des phénomènes de « radicalisation ». J'aimerais que mon ouvrage participe, en France, à l'analyse d'un phénomène qui ne pourra jamais se réduire à la simple approche criminologique ou religieuse.

 Certains lecteurs m'ont fait observé que mon roman peut « donner des idées » à des personnes détraquées, ou simplement paumées. Certes, ces singulières remarques sont en quantité négligeable, et ne vaudraient peut-être pas la peine que je m'y attarde. Mais l'intelligence reconnue de leurs auteurs est suffisamment « élevée » pour que je me fende d'un mot d'explication, pour sinon dissiper tout malentendu, du moins poser le sens de ma démarche.
J'ai voulu faire de Zoukhra l'archétype de la kamikaze « lambda », c'est à dire celle dont le caractère et le parcours sont à l'image de la majorité de ses comparses en terrorisme.
En tant qu'auteur dramatique, je suis habitué à épouser la personnalité de chacun des protagonistes de mes drames. Lorsque j'ai écrit ma pièce sur l'affaire Clément Méric, « Les chiens mordent et s'endorment en paix », j'ai été alternativement Clément Méric et Esteban Morillo. Inutile de préciser que j'ai reçu de la part de adeptes de l'un et l'autre camp une cohorte d'insultes qui ne s'est arrêtée qu'au terme de la programmation de l'ouvrage au théâtre. Il aurait fallu, selon ces moralisateurs de hall de gare, que je montre tout le dégoût que m'inspirait l'un des deux personnages de mon histoire – inutile de dire lequel, non ? , et que ce la se sente dans les dialogues.
Eh bien non. Lorsqu'on fait du théâtre, on contraint à l'amour. Car on ne peut décrire que ce que l'on parvient à aimer. Il y a dans le climat intellectuel du moment une tonalité soviétique comme jamais on n'en a connu en France, et qui rappelle la Russie de l'ère Brejnev. Une certaine coterie possède la vérité, et tous ont le devoir de ne débattre que dans le sein du référentiel imposé par elle.
Si la tâche de l'auteur dramatique est de restituer la complexité des êtres et des choses sans jugement aucun, en se mettant à l'écoute attentive des gens et de la vie, il en va de même du romancier. Flaubert à son époque en a fait les frais : l’inénarrable maître Pinard qui conduisit la plaidoirie contre Madame Bovary accusait l'auteur de complaisance envers le vice. Aujourd'hui, on a du mal à ne pas sourire en lisant sa diatribe, tant elle montre, à travers l'expression d'une certaine morale désuète, l'état d'esprit de toute une époque. Pourtant, nous voici en 2018 replongé dans un semblable système ; le référentiel est autre, mais il est tout aussi sclérosant. Comme son ancêtre classique, il est l'expression, me semble-t-il, de la peur de l'autre. La peur de ce qui est différent.
Je crois, moi, qu'on ne peut vivre qu'en tendant la main à l'autre, SURTOUT s'il est différent. Surtout s'il ne pense pas comme nous. S'il nous choque, nous avons le devoir de chercher à savoir pourquoi il agit de la sorte.
La solution des problèmes d'une société ne se trouve pas dans le tête à tête, mais dans le cœur à cœur.
Zoukhra Khapilaïeva, oui, s'apprête à commettre une atrocité. Je me suis refusé, par principe mais surtout de par ma nature propre, à la voir comme une ordure. Trop facile.
Zukhra est habitée par les rêves d'une fille de son âge. Elle aime. Elle rêvasse. Enveloppée par la sublime nature au sein de laquelle elle est née, ses passions secrètes sont à l'image des paysages du Caucase Nord, contrastées comme eux. Violence de ces contrées, où le ruisseau murmurant sous le soleil d'été peut se transformer, durant l'orage, en torrent dévastateur. Où le soleil de juillet écrase tout, hommes et bêtes, avec autant d'intransigeance que la neige, lorsqu'en janvier elle fige la montagne et la plaine, effaçant routes et chemins.
Cette violence, qui dans la nature paraît si belle, si fascinante, est comme un sceau apposé sur le cœur de Zoukhra. Fille du Caucase, elle est configurée à son relief, à son histoire ; à ses cataclysmes, à sa beauté sauvage et farouche.
Cette beauté pourtant, qui nous semble si belle lorsqu'elle se montre à travers, par exemple, le déchaînement d'une tempête, devient ignominie quand elle vient habiter une âme comme celle de Zoukhra. Par une alchimie sordide, concoctée à la faveur des blessures et des épreuves reçues depuis l'enfance, Zoukhra, qui pouvait choisir, comme le guerrier du conte tchétchène, de monter le cheval rouge apparu au dessus de la tombe de son père, pour parcourir le monde et contempler sa beauté, Zoukhra se laisse, insensiblement, glisser sur la pente de l'enfer.
Fallait-il que je reste en retrait ? Fallait-il que je me contente d'inventer sa chute, en composant, avec les indigents et indigestes potages dont nous gave la presse, une histoire toute faite, prête-à-manger, prête-à-juger, prête-à-classer ?
Non. Et chacune des lignes de mon roman est nourri d'une réalité que j'ai vue, que j'ai entendue, que j'ai sentie, que j'ai touchée ; une réalité à qui j'ai grand ouvert la porte de mon être, pour vivre ce cœur à cœur sans lequel je suis convaincu qu'on ne peut pas vivre en homme.

mardi 15 mai 2018

dimanche 18 septembre 2016

Рабочий Мурманской верфи Алексей, живёт своими воспоминаниями, пережитыми на Чеченской войне. В 1994 году в Грозном, раненый под новый год в бою, он теряет своего друга детства.
 Роман “Вспомни, Алёша” рассказывает об ударах судьбы
и страдании этого мужчины, разрывающегося между собственным прошлым и необходимостью обрести надежду на будущее. Рождённый в Мурманске, он был воспитан на истории великого прошлого своего города, на глазах каменного Алёши, который возвышается над городом и напоминает всем жителям о героизме Мурманских моряков в борьбе против фашизма во время последней Мировой Войны.
Этот роман является попыткой французского писателя передать русскую душу, её величие и боль, через судьбы русских парней, пути которых сходятся на пересечении их непростого прошлого и неизвестностного будущего.
Автор произведения Жан-Луи Башле, уже известный во Франции своими историческими книгами и театральными постановками, неспроста выбрал Мурманск, который он любит и знает, в качестве первоначального места издательства своего романа. Он восхищен героизмом жителей этого северного города, в котором он видит отражение всей Российской истории, ведь он сам внук партизана, умершего от фашистских пуль в 1944.


jeudi 19 novembre 2015

SANG ROYAL, de Jean-Louis Bachelet, aux éditions RING

lundi 4 mai 2015



Jo Cuevas, Varvara Ezhova, Yana Solovyeva,  nouvelle équipe de la compagnie pour "Les Chiens mordent et s'endorment en paix", au  Laurette Théâtre dès  le 10 novembre 2015.

dimanche 8 février 2015

Jean-Louis Bachelet sur RTL, 2 février 2015

La Vie Cachée des Papes sur RTL, "La curiosité est un vilain défaut", avec Sidonie Gonnec

dimanche 18 janvier 2015

vendredi 5 décembre 2014


La Compagnie Anser Fabilis est heureuse d'accueillir trois nouvelles recrues pour son prochain spectacle "Les chiens mordent et s'endorment en paix", de Jean-Louis Bachelet, inspiré de l'Affaire Clément Méric.  Jo Cuevas, ancien élève des cours Florent, sera accompagné de Jérémy Hoffman-Karp et d'Emily Nègre, tous deux élèves au Studio d'Asnières.

mercredi 17 juillet 2013

jeudi 15 novembre 2012

SOLEIL DE GUERRE, DE JEAN-LOUIS BACHELET, LES 4, 11, 18, 25 FEVRIER 2013 A LA COMEDIE SAINT-MICHEL DE PARIS

mercredi 14 mars 2012

...Nouveaux visages



La Compagnie Anser Fabilis a l'immense bonheur d'accueillir les comédiennes Daria Panchenko, Adélie Lejeune, Fabiana Bruno, Gwendoline Gourvenec, Magali de Jonckheere et Marjolaine Kaltenbach, qui figureront au nombres des comédiennes de la nouvelle création de Jean-Louis Bachelet: "Soleil de Guerre", prévue pour la rentrée prochaine.

samedi 19 novembre 2011

"LA PASSION SELON SAINTE BERNADETTE" de JLouis Bachelet

UNE ÂME DE COMBAT par Pierre Durrande, magazine L'Homme Nouveau du 5/11/2011 La pièce de Jean-Louis Bachelet met en scène trois personnages: sainte Bernadette, son accusateur le commissaire Jacomet, et la narratrice qui tient la place du Choryphée dans le choeur antique. Le voyage dans le monde intérieur de Bernadette se situe à trois moments clés de son existence, lors des trois premières apparitions dont elle a été le témoin, son interrogatoire par le commissaire Jacomet et son agonie. "J'ai voulu dans mon travail, souligne l'auteur, mettre en lumière les souffrances de l'innocence en proie à la brutalité du monde, mais aussi révéler, en fondant sur les carnets intimes de Bernadette, et sur les témoignages apportés par les soeurs qui ont assisté à son agonie, le dernier combat d'une âme contre le démon qui, en ses derniers instants, tente une dernière fois de soustraire un coeur pur à l'amour de Dieu: rien ne lui a été épargné, ni la peur, ni les souffrances, ni les doutes." A ne pas manquer.

dimanche 16 octobre 2011

LA PASSION SELON SAINTE BERNADETTE

"UN SPECTACLE A NE PAS MANQUER" -PIERRE DURRANDE, L'HOMME NOUVEAU 7/11/2011

samedi 2 juillet 2011

La Compagnie Anser Fabilis propose des séances individuelles ou collectives de coaching personnalisé pour les artistes du spectacle: gestion du trac, concentration, mémoire, technique vocale, gestuelle, relaxation; préparation aux concours et aux castings.

Depuis sa fondation, la Compagnie Anser Fabilis s'attache à proposer un enseignement radicalement fondé sur le travail du corps, excluant toute sollicitation de la mémoire affective et des émotions, qui doivent rester l'intimité inviolable du comédien. Un training physique intelligent, un solide développement de la technique vocale et du souffle, permettent de libérer sur scène les intentions profondes déjà présentes dans le coeur de l'artiste.

Pour accompagner ce travail et lui donner le sens indispensable à sa légitimité, sont développées en début de séance les questions relatives à la nature du lien que l'acteur doit créer avec son personnage, avec ses partenaires de jeu, et avec le public.

Les enseignants de la Compagnie Anser Fabilis, tous forts d'une longue expérience de la scène (musiciens, danseuses, comédiens, chanteuses), vous accueilleront au 35 rue St Roch, dans le 1er arrondissement de Paris, selon un planning déterminé la semaine précédent les cours.

Renseignements et inscriptions au 0611386986. Mail: anserfabilis@live.fr

vendredi 30 avril 2010

Troyennes, de JLouis Bachelet, création nationale


La ville de Troie est détruite; les survivantes demeurent seules après le massacre de leurs maris et de leurs enfants. Sous le regard de la déesse Athéna, alliée des grecs, Andromaque attend de la prophétesse Cassandre qu'elle lui révèle le sort qui les attend. Création nationale de la pièce de Jean-Louis Bachelet, écrite d'après les récits du célèbre épisode de l'antiquité. Avec Lolie, danseuse orientale, Clémence Thooris, Noëllie Brun, et Philippe Pasquini, accompagnés au Oud et à la Darbouka par Joseph Rowe.

mercredi 24 février 2010

Introduction à "Troyennes", dernière pièce de JLouis Bachelet

La guerre de Troie frappe et nourrit l'imagination des artistes de toutes disciplines depuis plus de 2500 ans.

Quelques soient les fondements historiques de ce conflit, et quelque fussent son intensité et sa durée, il reste que le récit qu'en a fait Homère a jeté les bases d'une thématique universelle, en questionnant le fond de la nature humaine, le sens de la vie et de la mort, -et le sens de l'amour.
Le conflit qui oppose le peuple « grec »(en réalité une pléiade de peuples plus ou moins disparates), animé d'idéaux brutaux, soutenus par des dieux impitoyables et les troyens enclins à la douceur et à la compassion, se révèle comme le duel de l'amour et de la mort, et annonce les grandes questions éthiques posées par les civilisations modernes, inquiètes de justice et d'équité à l'échelle planétaire.
A la suite d'Homère il est frappant de trouver chez Euripide, Virgile, Dyctis de Crête, Quintus de Smyrne, Ovide, cette même passion pour raconter la chute et le sac de Troie, dire la déréliction des femmes restées seules après le carnage, scruter leur âme dévastée par le massacre de leurs époux, de leurs frères, de leurs enfants, et décrire avec force détails leur départ pour l'esclavage.

Ce « lait des tendresses humaines » qu'Euripide, pour reprendre le mot de Shakespeare, fut le premier à verser, les écrivains de l'antiquité s'appliquèrent donc à le répandre, préfigurant l'ère chrétienne et avec elle la reconnaissance de la personne humaine comme valeur absolue et donnée fondatrice de toute philosophie de la vie.

Écrire sur les troyennes, c'est donc interroger ce qui demeure vivant en l'homme quand est supprimé tout ce qui peut justifier sa volonté de vivre. Travail qui apparaît incontournable, un demi siècle après la Shoah.

Pour mettre en scène un tel sujet, nous avons choisi de prendre en compte certains aspects incontournables du théâtre antique. Cinq siècles avant JC, les représentations faisaient intervenir chant, danse, et percussions, dans un ensemble destiné à servir le caractère à la fois festif et sacré de l'évènement. Notre parti pris consiste en relier une thématique tragique à cette expression festive,conception qui jalonne l'histoire du théâtre mais aussi l'histoire des hommes, d'Eschyle aux mystères médiévaux, et de Shakespeare au cabaret de Teresinstad.

Cinq comédiennes sont sur scène, incarnant: Hécube, reine de Troie; Polyxène et Cassandre, filles d'Hécube; Andromaque, belle-fille d'Hécube; la déesse Athéna.
Parmi tous les dieux nommés par Homère dans le récit de la guerre de Troie, pourquoi choisir de ne représenter qu'Athéna?
Dans une thèse remarquable publiée en 1845, Alexandre Bertrand fait l'inventaire des dieux protecteurs des grecs et des troyens: il apparaît nettement que les dieux de la guerre, de la terre et des enfers protègent les grecs, quand les troyens rendent un culte à ceux de l'amour et de la beauté.
Rappelons que la beauté d'Hélène de Sparte, enlevé par le prince troyen Paris, déclenche la guerre.

A la lumière de cette analyse, nous avons choisi de faire apparaître sur scène la déesse Athéna, dont les actions au moment de la prise de Troie sont un concentré inouï de cruauté et de ruse; elle résume l'attitude générale des grecs et de leurs chefs, Agamemnon, Ulysse, Achille, Néoptolème.
Les rôles seront en partie chantés, soutenus par des airs de flûte et de la percussion; le rôle d' Athéna sera tenu par Lolie, célèbre danseuse orientale ; texte, chant, danse, instruments de musique accompagneront ce spectacle jusqu'à son accomplissement, dans le sacrifice de Polyxène sur le tombeau d'Achille, acte qui exprime en plénitude les idéaux barbares qui animent les grecs.

jeudi 17 décembre 2009


Nos stages de théâtre commenceront le dimanche 10 janvier prochain au Laurette Théâtre, 36 rue Bichat, dans le 10ème arrondissement.Ils auront lieu de 11h à 14h; le premier aura pour thème un monologue de Nastassia Philipovna tiré de l'Idiot de Dostoievsky.

dimanche 1 novembre 2009

Ouverture d'un cours de théâtre à Paris


Ces cours prendront la forme d'un mini-stage de trois heures, une fois par mois.
Notre enseignement, fondé sur le travail du corps, sera assuré par Jean-Louis Bachelet,metteur en scène, Lolie Danseuse Orientale, et Véronique Ebel, comédienne.
Des ateliers pour enfants seront créés en septembre 2010, animés par Aurélie Gantner, Alice Videnov et Olivia Raclot, comédiennes de la compagnie Anser Fabilis.
Le parti-pris que nous suivrons est inspiré du travail du Théâtre Maly de Saint Pétersbourg, dont le génial directeur Lev Dodine a dernièrement exprimé avec force les idées qui l'animent:

"Il nous a semblé primordial de créer un système d'auto-perfectionnement de l'acteur, de mobiliser au maximum son organisme, en nous fondant sur notre conception du théâtre qui est l'art de la synthèse par excellence. La journée commence par l'entraînement physique qui va façonner le corps de l'acteur, former ses muscles et ses os et mettre de l'ordre dans tout cela. En première année, chaque matin à neuf heure, les cours commencent par la danse. La discipline suivante consiste à jouer d'un instrument en orchestre. L'union des fondements musical et dramatique du métier d'acteur est une étape décisive à notre époque où la profession est en train de devenir amusicale. Il est par ailleurs important de pouvoir jouer ensemble. Le vrai théâtre est avant tout un champ de relations réciproques. Il est aussi essentiel de découvrir en soi-même de nouvelles capacités, insoupçonnées jusque-là. Nous enseignons les cours d'acrobatie, de diction; nous étudions la vie, et nous-même dans la vie."

Pour tout renseignement appeler le 0611386986 ou envoyer un mail à anserfabilis@live.fr

*Photographie: Margarita Terekhova et Anatoly Solonitsyne dans "Hamlet" d'Andrei Tarkovsky (Lenkom Theatre, Moscou, 1977)

mardi 13 octobre 2009


La Compagnie Anser Fabilis a l'immense bonheur d'accueillir une nouvelle artiste dans son équipe, en la personne de Lolie, danseuse orientale, que j'avais pressentie depuis plusieurs mois pour incarner le rôle de la déesse Athéna dans ma dernière pièce "Troyennes". Lolie, plusieurs fois gratifiée de récompenses internationales, incarne pour moi la symbiose entre classicisme et modernité dans une danse où la sensualité est vécue, selon les termes de la danseuse elle-même, comme "ce qui appelle une sensation englobant tous les sens".

mercredi 16 septembre 2009

Reprise de "Regarde, Meurs Souviens-toi" et naissance d'une nouvelle pièce

La compagnie Anser Fabilis présente de nouveau Regarde, Meurs, Souviens-toi à partir du 10 octobre au Laurette Théâtre, 36 rue Bichat dans le 10ème; la pièce sera présentée chaque deuxième samedi du mois à 16h, jusqu'en avril, avec les comédiennes qui l'ont si magnifiquement portée la saison dernière: Aurélie Gantner, Aliouchka Binder et Olivia Raclot.

Ces trois dernières commenceront dans le même temps les répétition de ma dernière pièce: Les Troyennes, d'après Homère, Euripide, Virgile, Ovide, Quintus de Smyrne; pièce festive et orgiaque qui mêlera chant, danse, percussions, et pour laquelle Anser Fabilis se dotera d'une nouvelle recrue en la personne d'une danseuse orientale.
La pièce sera donnée en avant première au Laurette Théâtre courant mai 2010.

mercredi 29 juillet 2009

lundi 1 juin 2009

La première semaine de représentations s'achève. Il est beau et grand d'assister à la naissance de trois immenses actrices: le public sort marqué par ce qu'il a vu; beaucoup de gens sortent en larmes. Moi, heureux metteur en scène, je vois en rêve mes maîtres, Eschyle, Euripide, Shakespeare, Dante, Dostoïevsky, Lorca, Mishima. Je rends grâce au ciel de travailler avec des comédiennes qui, telles des comètes, semblent avoir traversé les siècles pour porter sur la scène ce chant des larmes, avec des accents qui laissent entendre qu'elles ont été enseignées par deux mille ans de tragédie.

mardi 12 mai 2009

...Une Avant-Première de rêve

Tous les frères et soeurs de Micheline Maurel étaient là, au premier rang...jamais nous n'oublierons la présence de ceux qui sont venus pour assister à la pièce que leur soeur martyre a su inspirer au pauvre petit poète que je suis.

Mais que dire de plus, sinon qu'Aurélie, Aliouchka et Olivia nous ont fait vivre un moment de pure émotion? Quand le talent plonge ainsi au coeur de ceux qui écoutent, il n'est plus seulement question d'art; le linéaire, le contingent, l'historique cède le pas au vertical; l'instant devient éternité, toute humanité est transfigurée. Et nous voici, nous, bouleversés, ne sachant que dire.

Une réussite d'équipe, celle d'Aurélie Gantner, Aliouchka Binder, Olivia Raclot, mes comédiennes adorées, Catherine Braslavsky et Joseph Rowe, les musiciens de l'Eternel, Elsa Falières, qui sculpta notre scène, Pierre Daubigny, par qui notre spectacle vient à la lumière,Caroline T.Bender, qui dessine notre rêve en affiche, et bientôt Béatrice Bern, qui portera notre pièce de la scène à la paume de ses mains, pour l'immortaliser en images.

Un moment de théâtre qui nous rappelle au poème même de Micheline Maurel, poème à cette danseuse qui lui sauva la vie, poème qu'Aurélie porte sur scène avec tant de pureté:

"Mais le corps est si beau et la joie est si pure
Quand on le voit ainsi défier la gravité,
Que je comprends comment le corps se transfigure
Et la chair doit ressusciter !"

Merci à tous, l'aventure ne fait que commencer, et plût à Dieu qu'elle grandisse avec la même grâce que celle avec laquelle elle est apparue!

samedi 2 mai 2009

lundi 13 avril 2009

...Avant-Première et Publication de la pièce

La naissance du premier bébé de la Compagnie Anser Fabilis est annoncée pour le 11 mai, jour de l'avant-première au Théâtre de l'ile Saint Louis, et son inscription au registre des naissances le 14 mai, jour de sa sortie en librairie aux éditions Les Provinciales: à cette dernière date sont conviées toutes les bonnes âmes, Librairie-Galerie Racine, 23, rue Racine, juste à côté du théâtre de l'Odéon. La librairie-Galerie Racine est un lieu cher à mon cœur: elle est le siège des éditions St Germain des Prés, qui publièrent voici 20 ans mon premier recueil de poèmes; mes retrouvailles avec son directeur Alain Breton ont été pour moi un moment très fort. J'aurais par ailleurs l'immense honneur et la joie d'accueillir ce même jour mon amie Ariane Chemin, qui signera son dernier livre à coté du mien.

vendredi 27 mars 2009

L'histoire de la déportation et du génocide des juifs a ouvert un précipice dans le continuum de l'histoire humaine. Parallèlement à la réflexion amorcée par le monde intellectuel et politique sur l'origine et les leçons du désastre, l'homme de théâtre, et l'artiste en général, s'est légitimement posé la question de la représentation d'un tel drame, puisque, comme l'a souligné Camille Dumoulié, s'agissant de la shoah, il faut dire l'indicible, et faire une histoire de ce qui a brisé l'histoire même.



Le témoignage de ceux qui ont survécu n'a certes pas été rapporté par eux dans un but artistique; ce qui fait oeuvre dans ces cas, c'est la vérité historique manifestée dans sa nudité, sa singularité, et sa brutalité. Que doit donc faire l'homme de lettre quand il veut apporter sa contribution à ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui le travail de mémoire, et qu'il n'a pris lui-même aucune part à la catastrophe?

A un moment de l'histoire où disparaissent les derniers survivants des camps de la mort, l'homme de théâtre est tenu de réfléchir sur les limites et les conditions de la représentation d'un tel sujet, lequel ne peut se prêter à aucune forme de spectacle.



Depuis Eschyle jusqu'à Edward Bond, les écrivains de théâtre se sont plûs à dire la cruauté humaine, et son cortège de souffrance. Ils se sont plûs à le dire de toutes les façons possibles, dans le but d'édifier, de terroriser, ou même de séduire. Et bien des accents manifestés dans ces oeuvres pourraient être repris pour parler de la shoah, ainsi le Choeur des Perses d'Eschyle se lamentant sur la destruction de sa flotte à Salamine: «Horribles, horribles souffrances, inouïes et déchirantes! Hélas, pleurez, Perses, en apprenant ce malheur», et «Malheur! Malheur! Ainsi, à t'entendre, les corps de ceux que j'aime, plongeant et replongeant dans les flots, roulent sans vie, emportés dans leurs larges saies errantes!» Ou bien, ces paroles de Shakespeare, dans Titus Andronicus: «Bah! J'ai fait mille choses effroyables aussi tranquillement qu'un autre tuerait une mouche; et rien ne me navre le coeur comme de ne pouvoir en faire dix mille de plus».



Il est frappant de constater que l'épuisement des formes théâtrales classiques, suggéré dans l'incendie du Wallalah wagnérien et consacré dans l'oeuvre d'Antonin Artaud, précède de peu ou coïncide avec la montée du nazisme en Europe. S'il est aventureux d'établir un quelconque lien entre eux, cela suffit pourtant à expliquer en partie l'impuissance des écritures nouvelles à représenter l'enfer des camps. Et combien dérisoire nous apparaît en effet cette assertion d'Artaud: «Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n'est pas possible. Dans l'état de dégénérescence où nous sommes, c'est par la peau qu'on fera entrer la métaphysique dans les esprits». Reflexion qui sonne étrangement, quand des millions d'êtres ont été numérotés, tatoués et exterminés, parce que dégénérés, ou nuisibles.

Il faut dire que cela se passait juste avant le grand désastre; Artaud fondait alors toute sa «métaphysique» sur une certaine conception de la peste, sans se douter qu'une peste plus grave, et de nature radicalement différente, parce qu'inventée par l'homme, décimerait l'humanité, et rendrait caduque toute reflexion esthétique sur la mort.




Regarde, Meurs, Souviens-toi est écrite sur la base de plusieurs témoignages de rescapées des camps de Ravensbrück et Neubrandebourg, le principal étant celui de Micheline Maurel paru en 1957 sous le titre «Un camp très ordinaire». Si une pièce de théâtre a pu naître sur la base des histoires racontées dans ce livre, c'est par ce qu'on pourrait appeler le besoin de communiquer.



Mais que communiquer, au juste? Faut-il peindre avec des mots une expérience qui à elle seule constitue le tombeau du langage tout entier? Il s'agissait bien en effet d'échapper à tout prix à cette tentation de peindre ou de repeindre, comme on repeindrait le vieux mur d'une maison en vue de le rendre présentable aux nouveaux locataires. D'autant qu'aucune affirmation, aucune révolte, aucune position n'apparaît clairement à l'esprit, une fois ces livres refermés. Mais un silence singulier vient se loger dans le coeur, un silence bientôt visité par une multitude de questions, -de questions sans réponses. Est-ce que je suis heureux? Est-ce que j'aime? Est-ce que je hais? Vais-je tuer? Donner la vie? Est-ce que j'ai déjà donné la vie? Qu'est-ce qui fait vivre les hommes? Qu'est-ce que l'Amour?

Une femme squelettique se traîne dans le washraum, à bout de force, par une nuit glaciale, et supplie Dieu de lui donner un morceau de pain-et la lune seule est témoin de la scène, une lune que la nuit polaire fait étinceler de façon odieuse; une lune sourde, muette, aveugle. Peut-on mettre cela en scène? Et quel chemin va suivre cette histoire dans le coeur du spectateur venu voir la pièce, quand il aura quitté la salle, mangé et bu à satiété, et passé une nuit réparatrice au creux de son lit? Serons nous absouts de la méchanceté de notre vie par le seul fait que nous aurons apporté notre tribut au travail de mémoire?

Guidé par la densité des questions soulevées par ces témoignages terribles, j'ai dû pour écrire ma pièce faire le deuil du désir de changer les esprits, du désir de convaincre, du désir de bien dire, du désir même de servir une cause (laquelle, d'ailleurs?), et par dessus tout, de ce désir d'enseigner qui me semble être le gibet auquel pend le cadavre de la culture classique.

Dieu n'a pas répondu à Micheline par des mots, en cette nuit de décembre 44. Mais quelques semaines plus tard, une petite danseuse lui donnera la moitié de son pain, tous les jours.


À Ravensbrück, furent déportées 130000 femmes, dont 90000 ne revinrent pas.
Constitué de près de 85 pour cent de déportées « politiques », dont un sur sept étaient juifs, Ravensbrück rassembla près de 40 nationalités.

Si la Fédération pour la Mémoire de la Déportation rappelle avec justesse la nécessaire distinction à opérer entre les déportées par mesure de répression et les déportées par mesure de persécution, soulignant par là même le caractère tragiquement singulier du sort réservé au peuple d’Israël, Ravensbrück apparaît néanmoins comme le lieu où furent livrées au même creuset des femmes de toutes nations, de toutes religions, et de toutes conditions.

Le témoignage qui m'a inspiré cette pièce a paru en 1957 sous le titre « Un camp très ordinaire ».
Outre la force d'évocation qui s'en dégage, et qui rappelle à notre souvenir les terrifiantes images d'archives maintenant connues de tous, un moment du livre m’a particulièrement marqué.
Il s'agit d'une rencontre entre Micheline Maurel, affamée, au seuil de l'agonie, et une petite danseuse tchèque, dont la famille a été arrêtée, et la mère morte à Auschwitz.
Émue par un poème que lui a écrit Micheline, elle viendra partager son pain avec cette dernière, lui sauvant la vie.



Dans les derniers mois de la guerre, des convois de Juives Tchèques et hongroises refoulées d'Auschwitz du fait de l'avancée des troupes russes arrivèrent à Ravensbrück, porteuses de l'étoile jaune. Elles furent bien accueillies par les « politiques ».

Il me plait de penser que la petite danseuse dont parle Micheline Maurel était juive.
Dansant pour les Françaises dans la nuit de Noël 44, partageant son pain avec l'une d'entre elle, elle représente pour moi la victoire de l'amour sur la mort, victoire exprimée par une attitude politique qui ne passe pas ici par l'usage des armes, mais par l'irréductibilité de ce qui dans l’homme est plus intime à lui-même que lui-même: la capacité d'aimer et de donner sa vie. Elle incarne l'échec du nazisme dans sa tentative de supprimer le lien qui unit les êtres entre eux pour constituer un peuple, le lien qui unit ce peuple à son histoire-le lien qui l'unit à lui-même.


« Regarde, Meurs, Souviens-toi », ce sont trois comédiennes, chacune exprimant un instant de la "vie" d'une déportée.
Celle qui voit, celle qui meurt, celle qui revient.





Lorsque j'ai entrepris l'écriture de cette pièce sur les camps, il m'est apparu qu'elle devait s'organiser autour d'un événement unique, et spécifiquement dramatique: la mise à mort d'une déportée. Guidé par cette loi des contrastes qui permet de construire une émotion en lui adjoignant des émotions contraires, j'ai donc construit une trame qui permette de mettre en valeur le geste d'abnégation de la petite danseuse, Iskorka, vis à vis de Marie, rendant insupportable l'irruption de la SS au moment même où, Iskorka tenant dans ses bras sa camarade moribonde, elle lui donne le précieux morceau de pain qui la sauvera.

Tout le texte de ma pièce agit en définitive comme un prétexte: les mots, si chargés qu'ils soient de vérité historique, montrent chaque jours leur pauvreté, comme les images d'ailleurs, rendant urgente une véritable rencontre des consciences de chaque un.

C'est pourquoi j'ai toujours soumis l'écriture de mes pièces et leur écriture sur la scène à ce que j'appelle « la tyrannie du corps »: l’élément décisif de cette rencontre des consciences, c'est la présence corporelle de l'acteur sur scène. Les conséquences de ce choix ne résident pas tant dans la suppression de tout décors et accessoires que dans le refus d'instrumentaliser la pièce, en soumettant toute idée de scénographie à la question suivante: « que peut dire le corps de mon acteur à tel instant, dans un tel contexte »?.



Mais il y a plus: il me semble en effet que cette « tyrannie du corps » exclut drastiquement tout intervention de symboles, lesquels, comme le notait judicieusement Tarkovsky, enferment l'idée qu'ils évoquent dans une abstraction qui est l'ennemie unique et définitive de toute émotion.
La pièce, plus qu'une fragile tentative de plongée dans l'enfer concentrationnaire par les mots, veut nourrir une réflexion sur la barbarie et la vie. Les comédiennes sont très jeunes, comme l'étaient beaucoup de ces déportées, ainsi que leurs geôlières. Parmi ces dernières, les rescapées se souviennent de Dorothea Binz, une des plus sanguinaires. Elle avait vingt ans.

Traversant la mise en scène qui exclut résolument toute représentation du camp lui même, deux actes fondateurs de la vie et de la mort.
La vie: une petite danseuse juive donne à une déportée mourante qui lui avait écrit un poème un simple morceau de pain.
La mort: Dagmara, surveillante SS, témoin de la scène, met à mort la danseuse.



Mais qui meurt vraiment? Iskorka, qui a donné sa vie pour Marie, ou Dagmara, pendue à 21 ans pour avoir tué de ses propres mains des dizaines d'innocentes? Que reste-t-il de l'une et l'autre? La mort n'est-elle pas mise à mort par l'acte d'Amour d'Iskorka?
Si l'on ne veut pas avancer de réponse, l’on ne peut pas non plus réduire à néant la question que le rappel de cet acte a posé, tandis qu’une autre question surgit et demeure: qu'est-ce qui fait vivre les hommes?

La pièce reçoit le soutien moral unanime des institutions liées à la déportation.