MAGAZINE TERRES D'HISTOIRE . REDACTRICE EN CHEF SYLVIE DUTOT

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mercredi 24 février 2010

Introduction à "Troyennes", dernière pièce de JLouis Bachelet

La guerre de Troie frappe et nourrit l'imagination des artistes de toutes disciplines depuis plus de 2500 ans.

Quelques soient les fondements historiques de ce conflit, et quelque fussent son intensité et sa durée, il reste que le récit qu'en a fait Homère a jeté les bases d'une thématique universelle, en questionnant le fond de la nature humaine, le sens de la vie et de la mort, -et le sens de l'amour.
Le conflit qui oppose le peuple « grec »(en réalité une pléiade de peuples plus ou moins disparates), animé d'idéaux brutaux, soutenus par des dieux impitoyables et les troyens enclins à la douceur et à la compassion, se révèle comme le duel de l'amour et de la mort, et annonce les grandes questions éthiques posées par les civilisations modernes, inquiètes de justice et d'équité à l'échelle planétaire.
A la suite d'Homère il est frappant de trouver chez Euripide, Virgile, Dyctis de Crête, Quintus de Smyrne, Ovide, cette même passion pour raconter la chute et le sac de Troie, dire la déréliction des femmes restées seules après le carnage, scruter leur âme dévastée par le massacre de leurs époux, de leurs frères, de leurs enfants, et décrire avec force détails leur départ pour l'esclavage.

Ce « lait des tendresses humaines » qu'Euripide, pour reprendre le mot de Shakespeare, fut le premier à verser, les écrivains de l'antiquité s'appliquèrent donc à le répandre, préfigurant l'ère chrétienne et avec elle la reconnaissance de la personne humaine comme valeur absolue et donnée fondatrice de toute philosophie de la vie.

Écrire sur les troyennes, c'est donc interroger ce qui demeure vivant en l'homme quand est supprimé tout ce qui peut justifier sa volonté de vivre. Travail qui apparaît incontournable, un demi siècle après la Shoah.

Pour mettre en scène un tel sujet, nous avons choisi de prendre en compte certains aspects incontournables du théâtre antique. Cinq siècles avant JC, les représentations faisaient intervenir chant, danse, et percussions, dans un ensemble destiné à servir le caractère à la fois festif et sacré de l'évènement. Notre parti pris consiste en relier une thématique tragique à cette expression festive,conception qui jalonne l'histoire du théâtre mais aussi l'histoire des hommes, d'Eschyle aux mystères médiévaux, et de Shakespeare au cabaret de Teresinstad.

Cinq comédiennes sont sur scène, incarnant: Hécube, reine de Troie; Polyxène et Cassandre, filles d'Hécube; Andromaque, belle-fille d'Hécube; la déesse Athéna.
Parmi tous les dieux nommés par Homère dans le récit de la guerre de Troie, pourquoi choisir de ne représenter qu'Athéna?
Dans une thèse remarquable publiée en 1845, Alexandre Bertrand fait l'inventaire des dieux protecteurs des grecs et des troyens: il apparaît nettement que les dieux de la guerre, de la terre et des enfers protègent les grecs, quand les troyens rendent un culte à ceux de l'amour et de la beauté.
Rappelons que la beauté d'Hélène de Sparte, enlevé par le prince troyen Paris, déclenche la guerre.

A la lumière de cette analyse, nous avons choisi de faire apparaître sur scène la déesse Athéna, dont les actions au moment de la prise de Troie sont un concentré inouï de cruauté et de ruse; elle résume l'attitude générale des grecs et de leurs chefs, Agamemnon, Ulysse, Achille, Néoptolème.
Les rôles seront en partie chantés, soutenus par des airs de flûte et de la percussion; le rôle d' Athéna sera tenu par Lolie, célèbre danseuse orientale ; texte, chant, danse, instruments de musique accompagneront ce spectacle jusqu'à son accomplissement, dans le sacrifice de Polyxène sur le tombeau d'Achille, acte qui exprime en plénitude les idéaux barbares qui animent les grecs.

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